Dessin réalisé par Patricia Couprie

Le camp de Baguage de Barcaggio

Etude sur la migration printanière des oiseaux

Historique
La station d’étude de la migration printanière des oiseaux à Barcaggio est active depuis 1979. Sous l’autorité du CRBPO (Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d’Oiseaux), du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, les bénévoles du Groupe Ornithologique de Corse (Association des Amis du Parc Naturel Régional de Corse), participent à l’organisation et au fonctionnement du camp. Celui-ci a également pu avoir lieu grâce à la présence, tous les ans, de bagueurs et aides-bagueurs, tous bénévoles, venant entre-autre du continent européen. Depuis 1991, le camp est associé au programme international de recherche sur la migration printanière des oiseaux en Méditerranée Occidentale «Piccole Isole». Ce programme, initié en 1988, par l’Instituto Nazionale per la Fauna Selvatica (INFS) de Bologne (Italie) s’organise autour de plusieurs stations insulaires et côtières (38 stations différentes depuis 1988). Ces stations sont situées en Italie, en Espagne, à l’Ile de Malte, au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en France. Il est à noter que Barcaggio a été longtemps la seule station française participant à ce programme, rejointe en 2004 par Porquerolles

.La baie de Barcaggio, printemps 1997, photo de Cécile Jolin

Pourquoi baguer les oiseaux ?
En ornithologie, il existe plusieurs techniques pour étudier la biologie, l’écologie et le comportement des oiseaux :

  • Observation
  • Comptage
  • Baguage
  • Pose d’émetteur ou de balise Argos

Les observations et les comptages présentent une limite notable : l’oiseau n’est pas individualisé et ne peut être suivi de façon individuelle. La pose d’émetteur ou de balise Argos permet de recueillir des informations très précises, mais elle est limitée dans le temps et n’est possible que pour des espèces de taille honorable, de plus elle est assez onéreuse. Le baguage des oiseaux est une bonne solution intermédiaire pour suivre un oiseau quasiment toute sa vie.

Baguage d’une femelle Pinson des arbres par Gilles Faggio, bagueur depuis 1992, Vignes de Poggio d’Oletta 2005, photo de Cécile JolinLa bague est un anneau fermé autour de la patte de l’oiseau (comme un bracelet). Il y est inscrit des informations sur le pays émetteur de la bague (en général le pays où est bagué l’oiseau) : pour les bagues françaises : Mus. Paris ; pour les bagues britanniques : Brit. Mus. London, et un numéro unique (avec parfois des lettres). De nombreuses études ont montré que ni la survie, ni le succès de reproduction n’étaient affectés par le port de bagues. Les bagues sont très légères, par exemple pour une hirondelle qui pèse 20 g, la bague pèse 31 mg (0,15% du poids de l’oiseau) ou pour un merle qui pèse 90 g, la bague pèse 187 mg (0,21% du poids de l’oiseau).
Le baguage est un outil pour connaître la biologie, les voies de migration, les lieux d’hivernage, d’évaluer les paramètres démographiques des populations d’oiseaux.
Seules les personnes habilitées par le CRBPO peuvent capturer et baguer les oiseaux en France.

Que faire lorsque l’on trouve un oiseau bagué ?
Si vous trouvez un oiseaux bagué : www.mnhn.fr/mnhn/crbpo/
La découverte d’un oiseau bagué est capitale pour l’activité du CRBPO. Il est impératif de noter des informations et de les transmettre au CRBPO, 55 rue Buffon, 75005 Paris.
Il faut noter :

  • date de la découverte
  • lieu (commune et département)
  • espèce si possible
  • condition de la découverte (par exemple : trouvé au bord de la route, tué par mon chat, …)
  • état de l’oiseau : mort récente, blessé, …
  • vos coordonnées

Si l’oiseau est mort, il faut envoyer la bague aplatie avec les informations ci-dessus au CRBPO.
Si l’oiseau est vivant et pouvant retrouver la liberté : noter toutes les informations sur la bague et envoyer toutes ces informations au CRBPO. Il faut relâcher l’oiseau avec sa bague.
Si l’oiseau est blessé et qu’il doit subir des soins : noter les informations inscrites sur la bagues et envoyer le tout au CRBPO. Prendre contact avec le Centre de Sauvegarde de la Faune Sauvage le plus proche (site internet de l’Union Française des Centres de Sauvegarde de la Faune Sauvage : www.chez.com/uncs ), car c’est le seul organisme habilité à soigner les animaux sauvages blessés. Pour la Corse, le centre de soins de Corte (Parc Naturel Régional de Corse, Route de la Restonica, 20250 CORTE, Tél. : 04.95.46.08.31) prend en charge les Rapaces, sinon contactez le Groupe Ornithologique de Corse (04.95.32.71.63).

Le site de Barcaggio
Le village de Barcaggio (commune d’Ersa) se situe à l’extrémité du Cap Corse. La vallée de l’Acqua Tignese débouche sur une baie. Cette partie du Cap Corse est un grand site classé au titre de la loi 1930, une Réserve Naturelle protège les îles Finocchiarola et de nombreuses portions du littoral sont propriétés du Conservatoire du Littoral.

Lagune au printemps 2000, photo de Gilles FaggioLes abords de la rivière à la fin de son cours sont colonisés par les saules, milieu très attractif pour les oiseaux, puis le maquis prend place avec des zones de ronciers et des prairies. En arrière-dune, deux lagunes accueillent des oiseaux d’eau et autres êtres vivants des zones humides.

La pointe du Cap Corse, avec la vallée de l’Acqua Tignese, forme un goulot pour les oiseaux migrateurs. La présence d’une mosaïque de biotopes attire bon nombre d’espèces d’oiseaux leur offrant une halte migratoire exceptionnelle alliant tranquillité et nourriture.

Ce sont 235 espèces différentes d’oiseaux qui ont été répertoriées à Barcaggio (espèces nicheuses, migratrices, sédentaires).

En effet, pour migrer et parcourir des centaines, voire des milliers, de kilomètres, un oiseau a besoin de carburant. Il fait des réserves de graisse avant de partir, mais bien souvent il est préférable de faire des pauses pour les reconstituer partiellement, pour se reposer et faire un brin de toilette. Les oiseaux s’arrêtent bien souvent un peu avant de traverser une grande étendue d’eau. Ils repartent avec de bonnes conditions météorologiques et physiologiques, car en mer, il n’est pas question de se poser lorsque l’on n’a pas de palmes, ni un plumage adéquat !

Depuis 1999, les bagueurs et les aides-bagueurs sont logés dans la « maison des oiseaux », ruine réhabilitée par l’AAPNRC (avec bail emphytéotique). Ce petit logement est bien pratique pour la reconstitution des réserves énergétiques de l’équipe qui est sur le terrain de 5h30 à 22h, et pour passer les quelques heures de sommeil autorisées !

La maison des oiseaux, photo de Gilles Faggio

Le financement du camp est assuré par l’AAPNRC, en particulier grâce à la mise à disposition de salariés. Ce financement s’intègre dans le cadre de conventions pluriannuelles conclues entre l’association, l’Office de l’Environnement de la Corse et la DIREN Corse. Dans les années précédentes, le camp a pu également bénéficier d’un financement PIC INTERREG II A Corse-Toscane, ainsi que d’un mécénat de la Fondation Nature et Découvertes. Les travaux d’aménagement de la maison ont aussi été pris en compte grâce à des financements du Conseil Général de Haute Corse, de la collectivité Territoriale de Corse, du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable et de l’Europe (INTERREG).

Les oiseaux sont capturés à l’aide de filets verticaux. Ils sont démêlés délicatement et avec dextérité, mis dans de petits sacs en tissus, ramenés au camp de baguage. Les relèves des filets sont effectuées toutes les 30-45 minutes, et plus souvent si les conditions météorologiques sont néfastes (soleil trop chaud, vent, petite pluie). Les oiseaux sont identifiés, bagués, mesurés, pesés et … relâchés. Toutes ces opérations ne mettent en péril la vie des oiseaux si elles sont faites par des personnes formées. Notre but est que les oiseaux continuent leur migration!

Synthèse de baguage depuis 1979
Les périodes de fonctionnement du camp entre 1979 et 1990 sont fluctuantes. En 1985, le camp n’a pu être organisé. Depuis 1991, du fait de la coopération avec le programme Piccole Isole, le camp se déroule du 16 avril au 15 mai en continu. La régularité dans le fonctionnement du camp depuis 1991 permet le cumul de données comparables d’une année à l’autre. De 1979 à 2004, cela représente 604 jours de capture d’oiseaux et 48651 oiseaux bagués appartenant à 127 espèces.

Période
Nombre de jours de baguage
Moyenne par an
(écart-type)
Nombre d’oiseaux bagués
Moyenne par an
(écart-type)
1979-1990
186
16 (± 10,8)
9155
763 (± 698,8)
1991-2004
418
30 (± 0,5)
39496
2821 (± 647,4)
1979-2004
604
23 (± 10)
48651
1871 (± 1236)

Entre 1992 et 2004, 5101 heures de capture ont été assurées par les équipes, soit en moyenne 13h par jour (± 4,2 h), et les filets n’ont pu être ouverts une vingtaine de jours à cause de mauvaises conditions météorologiques. Durant la même période, à chaque session, il y avait en moyenne 237 mètres linéaires de filets installés (± 80 m).

Pourquoi migrer ?
L’hiver avec son cortège de froid, pluie, neige est une saison difficile pour les oiseaux insectivores car la nourriture vient à manquer. Certaines espèces s’adaptent à ces conditions : augmentation de la densité du plumage, changement du régime alimentaire (des insectivores deviennent végétariens ou opportunistes, comme les mésanges). Mais les ressources alimentaires ne suffisent pas pour tout le monde. Beaucoup d’oiseaux quittent leur zone de nidification vers des contrées où les insectes, et les fruits abondent.

La migration reflète ce mouvement des populations. Sous nos latitudes, la migration de printemps, ou la migration pré-nuptiale, est un mouvement du sud vers le nord ; et la migration d’automne, ou migration post-nuptiale, amène les oiseaux du nord vers le sud.
Avant de partir, les oiseaux font des réserves de graisses, leur carburant. Certains peuvent doubler leur poids !
Bien souvent, ils font des haltes pour se reposer, se nourrir ou attendre de meilleures conditions météorologiques.Rémiz penduline se nourrissant dans les saules, Barcaggio 2004, photo d’Arnaud Le Dru

Certaines espèces migrent en famille, comme la Grue cendrée ; les jeunes apprennent ainsi la route des sites d’hivernage. D’autres, comme le Martinet noir, migrent sans apprendre cette route avec leurs aînés, et font confiance à leur instinct.

Les oiseaux s’orientent grâce à des repères astronomiques (notre soleil ou les étoiles), au paysage (littoral, montagne) et au champ magnétique terrestre.

Le baguage a permis de connaître les quartiers d’hivernage, les voies migratoires (études complétées maintenant avec des suivis radar), la fidélité au site de naissance, d’hivernage ou au site de halte migratoire. Les oiseaux n’empruntent pas forcément les mêmes voies de migration au printemps et à l’automne, pour différentes raisons :

  • chaque saison a ses vents dominants
  • les emplacements des ressources alimentaires peuvent varier d’une saison à l’autre
  • le trajet est souvent plus direct au printemps (le premier arrivé sur le site de nidification sera le mieux servi !)
D’où viennent et où vont les oiseaux de passage à Barcaggio ?
L’intérêt de baguer les oiseaux réside dans les contrôles (ou les reprises) des oiseaux déjà bagués. Le « contrôle » se fait lorsque l’oiseau porteur d’une bague repart en bonne santé et la « reprise » c’est lorsque l’oiseau porteur d’une bague est retrouvé mort. A Barcaggio, chaque année, nous contrôlons des oiseaux portant déjà une bague, souvent provenant d’un pays étranger. De même des oiseaux que nous baguons sont contrôlés ailleurs. Le CRBPO centralise les données des bagueurs français, chaque pays a son organisme centralisateur, ils communiquent entre eux pour les oiseaux contrôlés. L’information pour chaque oiseau redescend ensuite vers les bagueurs ou la personne concernée. Les voies de migration ou les déplacements peuvent donc être établies ; dans certains cas la longévité peut aussi être connue. Nous avons pu établir des cartes pour certaines espèces rencontrées à Barcaggio sur leur provenance et leurs destinations.

Rouge-gorge, vignes de Poggio d’Oletta 2005, photo de Gilles FaggioToutes espèces confondues, Barcaggio est une site où transitent des oiseaux provenant de toute l’Europe, de la Lituanie au Royaume Uni, de la Finlande à la Slovénie. Les Rouge-gorges de passage hivernent en Algérie, et nichent en Europe de l’est et du nord est. Les Pouillots fitis proviennent de l’Europe du nord et de l’est. Les Hirondelles rustiques proviennent de toute l’Europe et hivernent jusqu’en Afrique du sud.

Nous contrôlons aussi des oiseaux locaux, ce qui nous permet d’avoir une idée sur leur longévité ou l’évolution de leur plumage.